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Da: May Makarem, L'Orient-Le Jour, 12/11/2016.


Bel/Palmyra, sous la loupe du spécialiste en sémiotique Manar Hammad (2016)

Dans « Bel/ Palmyra, hommage », le spécialiste scrute les moindres recoins du temple et les consigne pour les générations futures.

De par sa dénomination en arabe – Maabad Bel signifie littéralement lieu d'adoration de Bel – le sanctuaire était la cible privilégiée de Daech. Les jihadistes estiment en effet que tout lieu de culte ou bâtiment favorisant « l'idolâtrie » est contraire à l'islam et doit être détruit.

Cette affirmation émane d'un spécialiste en sémiotique, Manar Hammad, auteur de Bel/Palmyra hommage, publié chez Geuthner (bilingue français et italien). L'ouvrage émaillé de plus de 150 photographies, plans et croquis est préfacé par l'éminent sémioticien italien, Paolo Fabbri, un des acteurs incontournables du débat sur le langage et la signification en France, comme en Italie, aux États-Unis et dans bien d'autres pays.

Menant son projet sémiotique en « articulant le sens en fonction de l'expression archéologique », Manar Hammad ne propose pas une approche archéologique traditionnelle. Il focalise son étude sur la reconstitution d'une énonciation architecturale, l'analyse des valeurs culturelles du temple et sa relation avec la ville qui l'entoure. Né à Beyrouth en 1944 de parents d'origine alépine, Hammad a fait ses études universitaires à Paris. Diplômé en architecture de l'École nationale supérieure des beaux-arts et d'un doctorat en sémiotique, il a été codirecteur d'un programme de DEAA en théorie de l'architecture à l'École nationale supérieure d'architecture de Paris-La Villette (ENSAPLV), et membre fondateur de l'Association internationale de sémiotique dont il fut le premier secrétaire général.

Hammad a eu le privilège de bien connaître la ville de Tadmor où il a effectué des recherches pendant 14 ans et dirigé une mission archéologique en 2009 et 2010, visant à retrouver l'amphithéâtre dont il a repéré les traces sur de vieilles photographies aériennes. Dans Bel/ Palmyra, hommage, il scrute à la loupe les moindres recoins du temple et les consigne pour les générations futures. Une façon de riposter à l'absurde et vaine volonté de Daech d'éradiquer le passé de ce joyau antique aujourd'hui perdu.

S'appuyant sur le travail des archéologues et le monumental ouvrage publié par Henri Seyrig, Robert Amy et Ernest Will, il relève les symboles que comporte chaque élément architectural du temple. Mais tout d'abord, il met en évidence le rôle fondamental de l'interprétation sémantique, laquelle a été déterminante dans la destruction du sanctuaire. Elle est, selon lui, la conséquence d'une interprétation qui prend en compte une expression de la langue arabe. Alors que pour le touriste le temple est une visite placée hors de la sphère religieuse, pour les islamistes l'édifice désigné par Maabad Bel, littéralement lieu d'adoration de Bel, est un lieu de culte païen, contraire à l'islam. « Le mécanisme interprétatif est confirmé a contrario par l'état de l'esplanade qui entoure la cella détruite. L'espace n'étant pas désigné en langage verbal comme lieu de culte, et les islamistes ignorant l'interprétation des vestiges, l'esplanade a été vue comme une simple cour non investie par un sens religieux. Ce qui lui épargna la destruction », écrit Hammad.

L'espace et le sens
L'auteur se penche également sur le lien entre l'espace et le sens. À titre d'exemple, on s'arrêtera sur le plan horizontal de la salle majeure du culte de Bel, comportant deux parties, les deux adytons (pièces sacrées). L'un, situé au nord, est consacré aux divinités locales (Bel, Yarhibol et Aglibol). Celui du sud est réservé aux divinités en visite pour célébrer les équinoxes. Ils reprennent ainsi « l'opposition ancienne entre tribus benshimalites et benyaminites attestées dans les tablettes de Mari à l'âge du Bronze », explique l'auteur. Schéma typique aussi de « la fédération tribale Adnan (Nord) et de la fédération Qahtan (Sud) », autrement connue comme Qaysi et Yamani à l'époque des Omeyyades. « Ce qui témoigne, dans la longue durée régionale, de la projection des groupes humains sur la direction nord-sud de l'espace », signale l'auteur.

Quant à la direction verticale, inscrite par les nombreux escaliers présents dans le sanctuaire, elle exprime la relation entre les hommes et leurs divinités: les hommes sont en bas, les dieux en haut. De même, les merlons placés en bordure des terrasses et des autels symbolisent « la dimension verticale de l'ensemble régional qui entoure la steppe de la Syrie et de l'Arabie: on en trouve de multiples expressions en Assyrie, au Levant, en Nabatène jusqu'à Qariyat el-Faw nichée dans les piémonts séparant le désert du Rub'al-Khali des contreforts du Yémen ».

Changement de décor
Avec l'interdiction du paganisme, et au détour des histoires de conquêtes, commence le phénomène des conversions des lieux de culte. Manar Hammad aborde la réaffectation de la cella en église avant de servir durant huit siècles de mosquée. Toutefois aucune inscription ne permet de dater sa fondation. Une seule, gravée sur un des murs, atteste « une réparation ordonnée par le fils de Mohammad ben Shirkuh en 635 de l'Hégire (1237 après J.-C.) ». L'emplacement de trois mihrabs décorés et presque accolés a été identifié par l'archéologue Will et les photographies de K.A.C. Creswell. Or, nulle part il y a une telle juxtaposition de niches indiquant la qibla, c'est-à-dire la direction de la Kaaba. « Les mihrabs surnuméraires sont habituellement éloignés du mihrab principal ou placés dans des endroits où ils ne sont pas visibles (...) À Palmyre, leur triplication exprime un surmarquage islamique sur un espace qui avait été païen. Le procédé de transformation est sémiotique ».

Après s'être interrogé sur les raisons de construire le temple Bel loin de la source Efqa, l'auteur fait un arrêt sur les colonnes du temple élancées sur une hauteur de 50u (entraxe 14 u, écartement des colonnes 9u), « ce qui les place entre les styles pycnostyle et systyle définis par Vitruve, quasi contemporains de la construction du temple de Bel ». Des traces indiquent que leurs chapiteaux étaient enveloppés d'une corbeille corinthienne en bronze martelé. « En tenant compte du luxe de la réalisation de l'ensemble, on peut supposer que les feuillages de bronze (21 tonnes au total) furent dorés ».

D'autre part, abrités derrière le péristyle corinthien, les murs nord et sud de la cella, qui abrite la statue de la divinité, affichent le style ionique. Dès lors, « on verra dans cette disposition l'assertion de la supériorité du style ionique sur le style corinthien. Ce qui nous renvoie aux valeurs promues par le philosophe grec Hermogène ».

L'auteur poursuit ainsi l'analyse de la morphologie et des rites, tentant de reconstituer le sens que pouvait avoir cet édifice pour ceux qui l'ont conçu. Le lecteur se voit remis en présence de nouveaux éléments de réflexion sur le temple et son environnement. De plus, l'ouvrage pourrait passer à juste de titre pour ce qu'on appelle un « beau livre » foisonnant de magnifiques images, fixées pour l'éternité et pour les yeux du monde.

En bref, Bel/Palmyra Hommage est « abondamment illustré, scientifiquement conçu, brillamment élaboré. Voilà un ouvrage qui va au-delà d'une étude archéologique. Il dissèque le monument comme un objet qui vit et qui évolue au fil du temps. Par le fait même, sa connaissance croît et se transforme. La démarche de Manar Hammad n'est pas seulement celle d'un archéologue qui tend à connaître, à comprendre la signification de tel monument établi au sein d'un contexte déterminé. En parallèle à cette démarche, il y a la volonté d'analyser le pourquoi de sa raison d'être. Avec lui, l'usage d'un monument prend une valeur symbolique ». C'est en ces termes que la conservatrice du musée national de Beyrouth Anne-Marie Afeiche a présenté l'ouvrage de Manar Hammad au Salon du livre.
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